Autonomie des établissements : un rapport pour tout changer ?

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L’inspection du ministère de l’Éducation nationale (IGEN et IGAENR) a publié récemment un rapport sur « les mécanismes de concertation dans les établissements publics et privés sous contrat ». Dans les faits, ce rapport remet en question le pilotage actuel des établissements scolaires du second degré et fait des propositions intéressantes pour impliquer les enseignants et plus largement les acteurs de la communauté éducative dans son fonctionnement.
 
 
Le rapport s’intéresse en premier lieu à la concertation au sein des établissements, note sa nécessité, ses insuffisances, ses difficultés, notamment dues à la configuration des locaux qui ne facilitent pas les rencontres informelles entre collègues. Il fait aussi le point, instance par instance, sur l’efficacité des différents lieux de concertation : le conseil pédagogique qui joue un rôle décisif avec la réforme du collège, les cellules de veille qui émergent contre le décrochage, les conseils d’enseignement qui jouent un rôle important, par exemple, pour donner plus de cohérence aux pratiques pédagogiques. En dernier lieu, le rapport ose s’attaquer au projet d’établissement et au contrat d’objectifs : piliers de l’autonomie de l’EPLE d’après le code de l’éducation, ils sont trop formalisés et souvent peu appropriés par les équipes pédagogiques.
 
Le rapport fait un constat qui fait déjà consensus dans les établissements : il y a trop de réunions, pas forcément utiles, pas toujours bien préparées. Ses préconisations seront au coeur des débats du congrès du syndicat des enseignants de l’Unsa, en mars 2017, à Perpignan : permettre aux établissements de choisir leur type d’instances (au-delà de celles qui sont réglementaires) et donc de réduire leur nombre, mais aussi dégager des moments de concertation à travers des heures banalisées dans l’emploi du temps et une meilleure utilisation de la fin d’année où le travail collectif est rendu possible par "la libération" des élèves pour les examens. Selon le rapport, la concertation ne peut pas être imposée : le SE-Unsa demande ainsi, depuis la rentrée 2015, que le temps de concertation, pris notamment sur la pondération des services, en éducation prioritaire (REP+), soit utilisé librement par les équipes pédagogiques.
 
Le rapport, dans un second temps, fait des propositions pour organiser l’autonomie pédagogique des établissements, notamment dégager plus de moyens pour les Indemnités pour Missions Particulières, dont le SE-UNSA dénonçait récemment l’insuffisance.  Ces IMP permettraient de développer les différents types de référents (numérique, décrochage, culture) qui font vivre les établissements au quotidien à travers leurs missions transversales, voire de nouvelles missions de coordination pédagogique.
 
Le rapport fait ensuite des préconisations diverses qui reprennent bon nombre de revendications inscrites dans les mandats du SE-Unsa : repenser les salles des professeurs comme espaces de travail et de repos, développer les projets d’équipe en repensant la répartition des classes, repenser la pré-rentrée pour faire le point sur les projets collectifs et apprendre à mieux utiliser l’outil numérique, positivement à travers ses outils numériques, et plus largement en intégrant l’éthique des usages pour limiter, notamment, le nombre de mels, parfois peu pertinents.
 
Il propose, en conclusion, de faire confiance aux enseignants, comme experts éducatifs (recrutés à bac +5), pour s’impliquer dans l’organisation pédagogique de l’établissement. Cette évolution passe notamment par la formation des personnels de direction au management des organisations, pour organiser la concertation, et permettre, plus largement, de repenser l’autonomie des établissements.