Cap 2022 et Éducation : coloration libérale pour quelle plus-value ?

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Par un communiqué de presse daté du 2 août, le Premier ministre a fait connaître ses arbitrages pour l’Éducation suite au rapport d’experts Cap 2022.
 
S’il écarte la création d’un nouveau corps des enseignants du second degré qui aurait réuni tous les enseignants nouvellement recrutés avec une obligation de service plus importante, il liste treize mesures qui confirment des orientations déjà prises et en ajoutent quelques autres comme l’augmentation du pouvoir d’achat par des heures supplémentaires, le développement de postes à profil et la création d’une nouvelle instance d’évaluation du système éducatif par voie législative au premier trimestre 2019.
Ces nouvelles directions, en l’état, et en partie déjà vécues dans le passé, ne convainquent pas a priori des progrès supposés pour le système éducatif qu’il s’agisse de la réussite des élèves comme de l’attractivité du métier d’enseignant. Elles semblent avant tout guidées par la volonté de donner une coloration libérale sans faire la démonstration de leur potentielle plus-value.
Si le très attendu axe « gestion des ressources humaines » est confirmé avec une « humanisation et une personnalisation des parcours » pour les personnels, il reste au gouvernement à convaincre qu’il reconnait leur engagement, leurs besoins et leurs attentes pour construire ce « nouveau contrat social » évoqué par le ministre lors de son arrivée rue de Grenelle.
Les rapports d’experts extérieurs sont utiles mais les experts de l’intérieur que sont les personnels sont une fois de plus écartés. Ils souhaitent pourtant être sincèrement associés à l’élaboration des évolutions de leur travail plutôt que les découvrir en ouvrant leur journal quotidien.
Quinze mois après l’alternance politique, le SE-Unsa réitère sa volonté de concevoir une politique durable pour l’Éducation qui sache toujours avancer sans dénier les efforts et les travaux existants des personnels pour la réussite de leurs élèves. Cela passe notamment par un dialogue social de qualité qui n’a toujours pas trouvé ses espaces et son rythme.

Les mesures contenues dans le communiqué de presse de Matignon (en italique gris dans l'article) :

Humanisation et personnalisation des parcours dans l’Éducation nationale pour les personnels et les élèves

La transformation de la politique de ressources humaines de l’Éducation nationale développe, au-delà de la gestion administrative et statutaire, une logique de soutien aux équipes et aux personnels, de responsabilisation et d’épanouissement, qui valorise l’engagement et le mérite et renforce la qualité au service de la réussite des élèves.
Cette nouvelle logique va se traduire par une évolution de la formation initiale plus professionnalisante des professeurs en lien avec l’enseignement supérieur. L’excellence scientifique et l’approche concrète seront renforcées. Le pré recrutement sera développé. Cette nouvelle conception de la formation initiale conduira à revoir la place du concours mais aussi le cahier des charges et la gouvernance des École supérieures du professorat et de l’éducation (Espé).
 
L’avis du SE-Unsa
La place du concours et la gouvernance des Espé ne doivent pas être les arbres qui cachent la forêt Plusieurs fois annoncée, l’évolution de la formation initiale est une nécessité. Pour le SE-Unsa, il s’agit en effet de la rendre plus professionnalisante mais en la rendant surtout plus progressive.

La formation continue sera également renforcée. Cette redéfinition devra permettre le développement professionnel de chaque enseignant sans se faire au détriment des apprentissages des élèves.
 
L’avis du SE-Unsa
Le développement de la formation continue est une nécessité. Si elle ne doit pas aboutir à réduire le nombre d’heures d’enseignements des élèves, elle ne doit pas non plus conduire à être reportée sur les vacances scolaires. Rappelons que les enseignants travaillent déjà plus que les 1607h de référence selon les études conduites dont celle du SE-Unsa chez les professeurs des écoles au printemps dernier. Le temps des vacances scolaires est aussi un temps de préparation, de recherche et de correction s’agissant des petites vacances. S’il faut renforcer la formation continue, il faut le faire en articulant ces temps avec des temps de stages pour les étudiants futurs enseignants  et stagiaires.

Pour reconnaître l’engagement auprès des élèves qui rencontrent le plus de difficultés, l’implication des professeurs en école et en collège Rep+ sera valorisée par une prime spécifique à compter de la rentrée 2018. Elle sera composée d’une part fixe et d’une part variable prenant en compte les projets d’établissements et les progrès des élèves. Elle sera progressivement déployée jusqu’en 2020, avec le versement d’une première part de 1000 euros nets dès la rentrée 2018.
 
L’avis du SE-Unsa
Il s’agit là de la confirmation des annonces de juin. Si le candidat Macron avait promis 3000 € net sans condition, le Premier ministre confirme la volonté d’une part variable pour reconnaître une forme de mérite collectif. Cette orientation idéologique méconnait la vie des écoles et établissements de Rep+ et l’engagement des personnels pour relever les défis éducatifs.

Au service des établissements, dans une logique de responsabilisation, le ministère entend développer significativement les postes à profil, de façon à répondre à des besoins spécifiques (professeur particulièrement expérimenté en Rep+, conseiller principal d’éducation pour encadrer un projet d’internat…).

L'avis du SE-Unsa
Les postes à profil sont déjà largement développés. Ils peuvent se justifier pour s’assurer que les candidats ont bien pris connaissance des particularités d’un poste mais ce n’est pas la mécanique de sélection des candidatures sur entretien qui rend un poste attractif ni ce qui fait mieux participer à un projet.

Dans le sillage des expérimentations menées dans les académies de Lyon et de Toulouse depuis mars 2018, l’Éducation nationale va développer une véritable gestion des ressources humaines de proximité.
 
L’avis du SE-Unsa
Avoir des personnes ressources à proximité pour envisager de donner une nouvelle forme à son parcours professionnel est une attente forte des personnels. Le principal défi pour ce ministère de plus d’un million de personnels sera de passer de l’expérimentation à la généralisation.

Parallèlement, sera renforcée l’attractivité du métier de professeur pour les personnes susceptibles de rejoindre l’Éducation nationale dans le cadre d’une seconde carrière.
 
L’avis du SE-Unsa
La diversité des parcours et des profils est un richesse mais là aussi il faut réussir à donner corps à cet objectif, il faut renforcer l’attractivité mais aussi l’accompagnement et la formation pour des entrants dans le métier qui ont déjà d’autres expériences professionnelles.

L’agenda social du ministère de l’Éducation nationale permettra d’aborder la question du développement du pouvoir d’achat des professeurs, via notamment le développement des heures supplémentaires.
 
L’avis du SE-Unsa
L’augmentation du pouvoir d’achat par des heures supplémentaires ne représente en rien une revalorisation pourtant nécessaire du métier d’enseignant.

Dans un but de simplifier les relations entre l’institution scolaire et les membres de la communauté éducative, en particulier les parents d’élèves, la dématérialisation des procédures administratives (inscription, demande de bourse, cantine) est d’ores et déjà engagée. Cette logique s’étendra progressivement jusqu’en 2021 aux diplômes et à la correction des copies dans le cadre de la réforme du baccalauréat. Ce développement du numérique s’accompagne de mesures appropriées pour la protection des données.
 
L’avis du SE-Unsa
Le principal défi sera d’avoir des applications numériques performantes et des personnels stables et formés. Par ailleurs, cette mesure globale ne peut s’appliquer au premier degré où le Maire inscrit et où la restauration scolaire est municipale voire associative.

La transformation de l’organisation territoriale

Dans une logique de clarification de l’organisation territoriale, les recteurs d’académie travaillent dès à présent pour faire émerger, au 1er janvier 2020, 13 académies correspondant aux 13 régions métropolitaines. La simplification de la carte territoriale se fera en articulation avec une plus grande responsabilisation des acteurs de terrain. Dans cette phase, ils veilleront tout particulièrement aux équilibres territoriaux, en dialogue avec les élus.
 
L’avis du SE-Unsa
Déjà connue, cette annonce ne précise toujours pas si elle impacte les périmètres géographiques de gestion des personnels ni ne garantit l’aménagement du territoire et la structuration de son offre éducative de qualité.

Cette dynamique est notamment l’occasion d’imaginer une organisation de terrain renouvelée dans laquelle la gestion des ressources humaines de proximité prendra tout son sens.
 
L’avis du SE-Unsa
L’annonce là encore demeure énigmatique. Quel sera le premier maillon de la chaîne, le département ou des bassins de vie avec la désignation d’un établissement du second degré comme pivot ?
 
Une nouvelle culture de l’évaluation au service de la réussite des élèves
 
  • Une véritable culture de l’évaluation, transparente et publique, doit se déployer au service de la réussite des élèves et de la qualité de la vie scolaire.
  • La mise en place d’évaluations des acquis des élèves en début de CP, mi-CP, début de CE1, début 6e et début de 2de générale, technologique et professionnelle sera effective à la rentrée 2018.
  • Pour assurer une évaluation régulière et transparente des établissements scolaires, une instance d’évaluation sera créée par voie législative au 1er trimestre 2019.
L’avis du SE-Unsa
Le ministère dispose déjà de très nombreux outils pour évaluer les acquis scolaires des élèves (examens, tests Depp*, tests internationaux). Il avait d’ailleurs indiqué que les nouveaux tests étaient avant tout destinés à aider les enseignants à mieux identifier les besoins de leurs élèves. Outils pédagogiques ou évaluation des politiques publiques, les mêmes outils ne peuvent servir deux objectifs. S’agissant de l’évaluation du système éducatif, il en existe déjà beaucoup qu’elles proviennent de la cour des comptes, des inspections générales ou encore de l’Assemblée nationale ou du Sénat. Ce n’est pas du manque d’évaluations dont notre École souffre mais bien plus de retour vers les équipes et d’accompagnement dans l’élaboration et la conduite de projets adaptés aux besoins de leurs élèves.
 
(*) Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance