Circulaire Segpa : 2ème clap

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La réunion de présentation du projet de circulaire Segpa s’est tenue le lundi 18 mai. Après les nombreuses critiques et demandes de reformulation que nous avions faites lors de la première séance, le texte a été modifié.

Contrairement à la première version, le ministère réintroduit la pré-orientation en 6e Segpa tout en conservant les modalités pédagogiques précédentes. C’est la principale modification qui interroge la mise en œuvre. En effet, comment mettre en œuvre la co-intervention, la prise en charge en petits groupes sans allouer de moyens supplémentaires? Quant au processus d'orientation, s’appuyer sur des éléments datés en particulier psychologiques pour valider une orientation plus d’un an après, est ce raisonnable ?

Par ailleurs, engager des familles et des élèves dans un projet où n’apparait plus l’idée d’un « essai » en 6e ordinaire ne répond pas aux causes de sa désaffection actuelle.

Pour notre part, au SE-Unsa, nous avons avancé de nombreuses propositions. Ce texte nécessite de nouvelles améliorations qui imposent de poursuivre les échanges. Ainsi, le positionnement des PLP et des PLC ne nous convient pas car ils apparaissent déconnectés de l’équipe pédagogique.

À notre demande, d’autres rencontres sont programmées. Nous sommes donc toujours dans une étape intermédiaire. En l'état, ce texte ne garantit en rien la pérennité de la Segpa car elle ne résout pas son déficit d’attractivité auprès des familles.

C’est parce que nous sommes attachés à la Segpa, qu’au SE-Unsa nous ne voulons ni d’un statut quo mortifère, ni d’un démantèlement hasardeux.

Quelques éléments 

  • en 15 ans, la Segpa a perdu l’équivalent de 1 000 classes soit 250 structures à 4 divisions;
  • un nouveau cycle à cheval école-collège interdit l’orientation avant la fin de la 6e;
  • le redoublement, condition actuelle de passage en Segpa devient exceptionnel;
  • on compte environ 4% d’élèves en Segpa et 15% en grande difficulté au collège.

La Segpa  dans le miroir 

Plusieurs enquêtes montrent la sur-représentation d’élèves issus de milieux sociaux défavorisés ou de l’immigration et pointent le sentiment d’injustice de ces familles face aux inégalités scolaires :

  • une étude de l’Institut national des études démographiques : Trajectoires et origines - Ined;
  • une étude réalisée par la revue Diversité du CNDP de juillet 2012  + interview de l’auteure par le Café pédagogique);
  • Le rapport Delahaye  (Grande pauvreté et réussite scolaire, mai 2015) ne dit pas autre chose : «De même, il est permis de s’interroger sur le fait que plus de 80% des élèves de Segpa sont des enfants de familles de CSP défavorisées. Dès l’entrée au collège, les distinctions sociales sont bien visibles et marquées. »

D’autres rapports indiquent que « Segpa et Érea sont "un modèle pour l’école" mais "en contradiction avec la Loi de Refondation" car « ils permettent la mise en œuvre d’une pédagogie exceptionnellement attentive aux besoins de certains élèves ». Toutefois, « ils devraient évoluer pour rendre d’encore plus grands services aux jeunes qui y sont affectés, leur disparition ne pouvant être envisagée que sous de strictes conditions et à long terme ». (Sylvie Tolmont, députée).

C’est aussi l’angle du rapport Delaubier « les Segpa réussissent à les remobiliser[les élèves], à leur donner confiance et à leur transmettre la capacité de se repérer dans un milieu de travail, de respecter les règles qui s’y appliquent, de comprendre les tâches qui peuvent leur être demandées et même de se présenter à un employeur. » Pour autant, ce rapport repère des zones floues sur les conditions d’accès à la Segpa et préconise d’ouvrir davantage vers le collège avec des temps d’apprentissage partagés avec les autres collégiens, de proposer des parcours plus diversifiés, et parfois plus ambitieux.

La Segpa est un atout

Alors oui, la Segpa est un atout pour le collège et ses élèves, dès lors que l’on sait la mettre au service de tous les élèves en grande difficulté scolaire. Les premiers retours des expérimentations en cours après quelques mois montrent que de nombreux points restent à évaluer et à faire progresser (temps de concertation, échanges de pratiques, définition des progressions, choix des interventions,…) mais nos collègues présents dans ces Segpa ouvertes nous disent :

Elle permet :

  • de ne pas stigmatiser les élèves en grande difficulté et à leurs camarades de bénéficier d’aides qu’ils n’auraient pas forcement reçues;
  • de développer l’échange pédagogique entre enseignants et d’accentuer le regard réflexif sur sa pratique.

La Segpa sait s’adapter

Depuis de très nombreuses années, la Segpa a su s’ajuster aux besoins et aux objectifs nouveaux. Elle a connu de profondes mutations. Ces changements importants ont été rendus possibles grâce à l’engagement et à l’investissement des équipes qui par la nature même du métier qu’elles exercent, s’adaptent. Au SE-Unsa, la Segpa, on y croit !