Des après-midis « sport » à l’École : une redéfinition des rythmes ?

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Dans une interview avec le journal « 20 minutes », Jean-Michel Blanquer accompagné de la ministre des sports, Roxana Maracineanu, a annoncé que dès la rentrée prochaine, des expérimentations d’un nouveau projet « Confiance et sport » seraient lancées dans des écoles et collèges volontaires pour aménager des après-midis « sport » pour les élèves. Les appels à candidature devraient prochainement être réalisés. Une redéfinition des rythmes scolaires ?
 
 
L'enjeu affiché
 
L’enjeu affiché est double : utiliser les valeurs du sport pour favoriser la sociabilité et une meilleure santé physique et psychologique de tous les élèves, permettre à certains élèves engagés sur un cursus sportif d’avoir un parcours valorisé tout au long de la scolarité.
 
 
Une annonce fraîche pour une idée qui ne l'est pas
 
L’annonce est certes toute fraîche mais l’idée ne l’est pas. Permettre à chaque élève de pouvoir vivre et partager des activités sportives et culturelles après sa journée de classe est un objectif que beaucoup ont déjà aisément partagé et visé à travers différents dispositifs. Jean-Michel Blanquer lui-même, lorsqu’il était à la tête de l'enseignement scolaire sous Luc Chatel, avait lancé une telle expérimentation de 2010 à 2012, une expérimentation jamais évaluée.
 
 
Une réorganisation sans concertation ni annonce de moyens
 
Quoi qu’il en soit, annoncer une telle réorganisation de la journée de l’élève pour une rentrée à venir, sans aucune concertation préalable avec les professionnels de la communauté éducative, et sans jamais évoquer moyens et mise en œuvre, pose un certain nombre de questions, y compris sur les intentions réelles.
Paris 2024, la volonté de notre président de voir passer à 3 millions le nombre de français pratiquant une activité sportive et la refonte de la gouvernance du sport semblent bien être en toile de fond de cette annonce.
 
 
Des activités sportives sous quelle responsabilité ?
 
Si Jean-Michel Blanquer semble timidement évoquer le fait de s’appuyer sur les enseignants d’EPS ou encore sur le sport scolaire, à aucun moment il ne définit précisément qui sera en responsabilité des élèves sur ces après-midi « sport ».
Le ministre réduirait-il les missions des enseignants à l’organisation d’activité sportive ignorant ainsi la dimension éducative du métier ? Envisage-t-il de gommer l’absence de formation des professeurs des écoles en matière d’EPS en leur ôtant la mission d’Éducation par les activités physiques et sportives ? Pense-t-il déléguer à d’autres professionnels que les enseignants ces missions, notamment en pleine réorganisation des services territoriaux des sports ?
 
 
Quelle organisation de l'année ?
 
Cependant le ministre précise bien qu’il s’agira d’aménagement dans le temps scolaire, insistant sur le fait que l’apprentissage des savoirs fondamentaux devra être respecté, ce qui laisse entrevoir une organisation où la matinée serait consacrée aux savoirs fondamentaux et l'après-midi au sport voire aussi à la culture.
Si le SE-Unsa peut partager sans trop de difficulté la volonté de mieux penser la journée et la semaine de l’élève, et plus largement de l’enfant, dans sa globalité et son équilibre, il s’interroge sur le devenir de l’organisation de l’année. Paradoxalement, une telle organisation de journée nécessite un nombre de jours d’école plus élevé mais que le ministre a permis de réduire dès son arrivée en ouvrant la possibilité de supprimer les cinq matinées de classe. Rien n’est dit non plus sur l’articulation de ces expérimentations avec les PEDT*, les activités périscolaires ou encore le plan « Mercredi ».

 
 
La question des équipements sportifs
 
Enfin, l’augmentation de la pratique sportive des élèves, sur des créneaux communs, signifie un besoin plus important d’infrastructures et d’équipement. Or, comme le soulignent Muriel Hurtis et Françoise Sauvageot, auteures de l’avis du CESE** « L’accès du plus grand nombre à la pratique d’activités physiques et sportives », la question de l’équipement sportif en France est l’urgence à résoudre, les installations étant insuffisantes, vétustes et très inégales entre les territoires.
Là encore, le SE-Unsa ne peut que rester prudent face à la volonté affichée d’un meilleur accès pour toutes et tous à la pratique, la popularité du projet masquant une fois de plus la réalité des territoires.
 
 
L'avis du SE-Unsa
 
Pour le SE-Unsa, les annonces ministérielles sur le « sport à l’école » depuis la rentrée 2017 se sont multipliées sans jamais être accompagnées de moyens.
On le voit ici encore, ce projet « Confiance et sport » n’est pas sans poser de nombreuses questions de mise en œuvre et faisabilité tout comme d’intentions réelles. Il laisse une fois de plus à penser à une impulsion politique séduisant par le discours et dévoilant petit à petit la part belle faite à l’autonomie et à la débrouille de chacun.
Le SE-Unsa restera très vigilant sur les suites données à cette volonté d’expérimenter une nouvelle organisation de la journée, de la semaine et de l’année scolaire et une refonte des missions assignées aux personnels.

 
 
* projets éducatifs territoriaux
** Conseil économique, social et environnemental

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