Enquête "réforme du lycée et du bac" du SE-Unsa : chronique d’une réforme sabotée

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Du 6 au 20 mars 2019, le SE-Unsa a interrogé les enseignants de lycée sur la préparation de la rentrée 2019 et la mise en œuvre concrète des changements prévus pour l’offre d’enseignement aux lycées, l’orientation et les nouvelles épreuves du baccalauréat. L’enquête a recueilli 3264 réponses (dont 27 % de la part d’adhérents du SE-Unsa). Quel est le ressenti des enseignants sur la mise en place de la réforme du lycée et du bac ? Quel impact prévoient-ils pour leurs conditions de travail et celles des élèves ?
 
Une mise en œuvre en décalage avec les objectifs
 
Le SE-Unsa s’est impliqué dans la concertation sur la réforme dans une démarche constructive, avec un regard positif sur la réduction du nombre d’épreuves terminales et la construction progressive du projet d’orientation des élèves. Au bout du compte, la mise en œuvre de la réforme est en décalage avec les objectifs annoncés de la réforme : l’actualité éducative est marquée depuis plusieurs semaines par les incertitudes des élèves et des familles sur le choix des spécialités de première, ou encore par la colère des enseignants face à une réforme opérée dans un contexte de suppressions de postes.
 
Début février, le SE-Unsa appelait le gouvernement à prendre rapidement des mesures d’ajustement ou à reporter la réforme. Aujourd’hui, à quelques mois de la rentrée 2019, la tension est palpable dans les établissements. Pour les enseignants des lycées, la mise en route de la réforme s’annonce mal. Le SE-Unsa alerte le gouvernement sur l’échec à venir de la réforme.
Il est encore de reporter sa mise en œuvre à la rentrée 2020 pour se donner les moyens et le temps d’apporter des réponses à tous les problèmes déjà identifiés.
 
 
Des personnels inquiets pour la rentrée prochaine
 
Sur l’offre d’enseignements, le ministre n’a pas convaincu les acteurs de terrain :
  • 50,16 % des enseignants interrogés par le SE-Unsa trouvent l’offre de spécialités satisfaisante dans leur établissement.
  • Concernant l’offre d’options ils ne sont que 38,24 % à la trouver satisfaisante.
  • 66,18 % des collègues interrogés ne pensent pas « qu’un système de choix de spécialités et d’options permettra une construction plus progressive du projet des élèves ».
  • Concernant les mathématiques, 69,44 % des répondants pensent que l’offre de spécialités et d’options ne permet pas d’assurer une offre adaptée pour l’orientation de tous les élèves.
 
 
Les enseignants se sentent mal préparés concernant les changements prévus pour la rentrée 2019
 
Les répondants de l’enquête sont au fait des changements prévus pour les programmes :
  • 45,59 % des enseignants interrogés pensent que les nouveaux programmes ont évolué dans le mauvais sens,
  • 20,25 % qu’ils n’ont pas beaucoup changé,
  • 15,52 % qu’ils ont évolué dans le bon sens (et le reste ne se prononce pas),
  • 70,75 % les jugent trop lourds en contenus.
Les enseignants se sentent aussi mal préparés face à cette réforme :
  • 79 ,90 % des répondants se disent mal informés,
  • 86,70 % n’ont bénéficié à ce jour d’aucune formation
  • 76,31 % des répondants n’ont pas encore eu l’occasion de se concerter sur sa mise en œuvre.
Dans ces conditions, la méfiance est palpable :
  • seuls 3,76 % pensent que la réforme va dans le bon sens,
  • 52,78 % des répondants pensent carrément qu’elle va dans le mauvais sens.
À noter : 43,46 % des répondants pensent qu’elle irait dans le bon sens si on lui donnait les moyens de réussir.
 
 
L’enquête relève des inquiétudes sur les conditions de travail des personnels et des élèves
 
Les enseignants sont inquiets sur les effectifs en classe : 76,15% des enseignants interrogés pensent que les effectifs vont augmenter à la rentrée prochaine.
De même pour les moyens supplémentaires utilisés pour le dédoublement, la co-intervention et l’accompagnement personnalisé :
  • 75,33 % des répondants prévoient leur diminution.
  • 72,71 % des répondants indiquent que ces moyens ne concernent qu’un nombre insuffisant de disciplines.
 
La démarche constructive du SE-Unsa
 
Le SE-Unsa, fidèle à sa démarche constructive, demande au ministère de prendre ses responsabilités, et veut obtenir des mesures concrètes, réalistes, pour atteindre les objectifs fixés initialement pour la réforme.
Dans un premier temps, il demande :
  • L’abondement des DHG pour permettre de répondre aux choix des élèves (ouverture de groupes supplémentaires si nécessaire, financement des options faisant l’objet d’une carte académique)
  • La création d’un enseignement « complémentaire » de maths dès la classe de première pour les élèves qui souhaitent continuer à faire des mathématiques sans vouloir suivre l’enseignement de spécialité mathématiques.
  • Un engagement à mettre en place un comité de suivi des programmes et à réviser les programmes problématiques
  • La mise en place une indemnité de contrôle continu
  • Le recrutement supplémentaire de psychologues de l’éducation nationale pour accompagner les élèves et les professeurs principaux dans le nouveau dispositif d’orientation prévu (54 heures d’orientation, parcoursup…)