Expertise CPE sur les mesures pour la protection de l’école

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Nous revenons ici sur chacune des mesures du plan avec une expertise de CPE. Alors que les personnels d’éducation ne sont cités qu’une seule fois dans le plan BLANQUER, nous proposons un décryptage précis, étayé de notre vision de l’éducation et assorti de propositions pour faire avancer cette problématique dans le sens de l’intérêt de tous : personnels, élèves et familles.

Sur la systématisation du signalement de chaque incident et son suivi :
 
Qu’est-ce qu’un incident ? Chaque enseignant, CPE, AED… en a-t-il la même perception ? Un oubli de matériel doit-il être systématiquement signalé sur un registre numérique ? Un langage jugé inapproprié doit-il être systématiquement signalé et puni ? Un comportement violent doit il faire systématiquement et invariablement l’objet d’un conseil de discipline ?

Nous n’avons pas, d’un établissement à l’autre, d’une expérience à l’autre, le même regard et la même perception sur le fait et surtout sur le ressenti du fait… Certains collègues saisissent le moindre manquement pour y apporter comme réponse unique, l’exclusion de cours ou la retenue. Nous, CPE, savons combien il est difficile d’aborder ce sujet avec nos collègues. Pour autant, nous restons persuadés qu’il faut « verbaliser » le souci, c'est-à-dire le nommer et surtout le déconstruire pour le replacer dans une démarche éducative.
 
A l’inverse, il ne faut pas laisser un collègue, enseignant, AED, parfois son collègue CPE, seul avec ses difficultés tues et non résolues…. Il est indispensable de rappeler que la punition scolaire, telle qu’elle inscrite dans le registre des punitions et sanctions de 2005, relève de la compétence individuelle de tout personnel enseignant ou d’éducation. Chacun peut s’en saisir et l’appliquer, dans le respect du code de l’éducation et du règlement intérieur, bien entendu.

Au SE-Unsa, nous CPE, pensons que la formation initiale des personnels – de direction, enseignants, d’éducation - doit permettre aux personnels de bien connaitre le cadre légal des mesures disciplinaires, les missions de chacun.

La journée de pré rentrée, les demi journées banalisées pour le projet d’établissement, les réunions du conseil pédagogique… doivent être autant de temps et de lieux pour débattre et construire collectivement une échelle des punitions et des sanctions proportionnées aux incidents. Il s’agit de définir les rôles de chacun, sans reléguer le CPE ou la vie scolaire dans une dimension disciplinaire unique.

Au SE-Unsa, nous CPE, pensons que le signalement des incidents sur un registre doit se limiter aux faits graves, pour ne pas devenir trop chronophage et trop lourd à gérer. Pour cela, il est indispensable de renforcer le rôle de l’équipe pédagogique et du professeur principal, en utilisant à bon escient les outils numériques qui existent déjà. Nous y parviendrons en permettant des temps de concertation pour que chacun puisse exprimer son vécu par rapport à un élève ou un groupe d’élèves.

Sur le bilan annuel des incidents et sanctions, présenté au conseil d’administration :
 
En lien avec le point précédent, il ne faut pas que ce bilan soit le bilan du CPE et qu’il en ait la charge unique. Pour nous, CPE du SE-Unsa, c’est un outil de pilotage d’établissement qui, a minima, doit faire l’objet d’un travail partagé avec les équipes de direction. Il ne faut pas non plus que ce bilan se transforme en indicateur d’efficacité du travail de CPE, ou en outil de dénonciation des difficultés de tel ou tel collègue enseignant ou encore de stigmatisation de tel ou tel élève. Si nous pouvons souscrire au pilotage par objectifs et indicateurs, ce n’est qu’à condition que ces indicateurs puissent  servir d’outils de sensibilisation aux risques psycho sociaux, à la santé et à la sécurité au travail de tous les personnels.
 
Sur le soutien et l’accompagnement des professeurs dans leurs démarches en cas d’agression :

Ces démarches existent et devraient être pratiquées chaque fois que nécessaire. Il est important de rappeler le caractère distinct mais complémentaire de la mesure disciplinaire et du dépôt de plainte.
De plus, dans un contexte de rémunération au mérite, quel message envoie notre Ministre aux collègues confrontés à ces « incidents graves » ? Dénoncer sa difficulté et porter plainte, est souvent ressenti par de nombreux collègues comme se reconnaître en difficultés et en incapacité professionnelle de répondre seul, voire d’éviter ces incidents.
 
Au SE-Unsa, nous CPE, pensons qu’il faut maintenir les Comités d’Hygiène, de Sécurité et de Conditions de Travail (CHSCT) dans lesquels nous représentons l’ensemble des personnels. Une meilleure information et un rappel systématique en début d’année doit être fait pour porter à la connaissance de tous les personnels l’existence du registre de Santé et Sécurité, obligatoire dans chaque établissement.
 
Sur le développement des formations à « l’exercice de l’autorité » pour les professeurs et personnels d’encadrement :
 
L’existant, en termes de formation initiale, est déjà bien décevant et insuffisant, les formateurs étant parfois déconnectés des pratiques de terrain.

Le ministre nous parle d’autorité. Nous, CPE du SE-Unsa, nous préférerions qu’il nous parle de « prévention et de lutte contre le décrochage scolaire », de « prise en charge des élèves à besoins éducatifs particuliers », « d’accompagnement à l’orientation » qui sont autant de problématiques qui génèrent des violences et mettent à mal l’autorité attendue chez les enseignants et personnels d’encadrement.
 
On occulte bien souvent la violence symbolique de notre système scolaire pour des élèves fragiles. Il faut travailler sur l’accompagnement des élèves les plus en difficultés, sur des prises en charge pluri professionnelles (Assistants Sociaux, Infirmiers, Médecine Scolaire, PSYEN, éducateurs…) et sur des parcours diversifiés (alternance, mini stages, immersion…).
 
Sur la simplification des conseils de discipline :
 
Les commissions éducatives, comme alternatives aux conseils de discipline (CD), ont permis une diminution des saisines des CD et leur ont redonné un rôle solennel d’instance pour des manquements majeurs.
 
Pour nous, CPE du SE-Unsa, vouloir réduire le délai de convocation des CD est une fausse bonne idée. Par expérience, nous savons que ce délai est investi par les CPE pour construire les dossiers complexes permettant aux chefs d’établissements d’instruire le conseil de discipline, face à des parents de plus en plus procéduriers. Il permet le respect du principe du contradictoire auquel nous sommes attachés.
 
Par ailleurs, faciliter et multiplier les convocations de CD risque d’aggraver le « syndrome de la patate chaude » qui consiste à renvoyer les élèves les plus perturbateurs d’un établissement à un autre, sans jamais résoudre les problématiques éducatives de fond. M. BLANQUER ne répond pas au traitement éducatif des « élèves poly-exclus » qui reste un vrai casse tête pour les équipes et une vraie souffrance pour ces élèves et leurs familles.
 
Quant au nombre de membres, vouloir en réduire le nombre, sans définir qui en sera exclu, nous paraît dangereux. La pluralité des membres du conseil de discipline est aussi un gage du respect du principe du contradictoire et d’une analyse des situations avec des angles de vue et des opinions qui permettent de prendre les meilleures décisions éducatives.
 
Pour nous, CPE du SE-Unsa, il est indispensable que la saisine ou non du conseil de discipline ne soit pas de la seule décision du chef d’établissement, mais bien d’une décision collégiale dans laquelle les CPE doivent jouer leur rôle de conseiller technique.

Sur un meilleur ajustement des sanctions en fonction des faits et les mesures de responsabilisation :
 
Rappelons tout d’abord que la retenue n’est pas une sanction mais une punition scolaire ! Le principe de gradation des sanctions est déjà inscrit dans le code de l’Éducation.
 
Quant aux mesures de responsabilisation, si elles restent peu utilisées (1% des sanctions), c’est parce que nous savons, nous CPE du SE-Unsa, combien il est difficile de construire des partenariats extérieurs avec des collectivités qui ne voient pas toujours d’un bon œil ces élèves transgresseurs et des associations qui peinent à trouver des bénévoles auxquels il faudrait rajouter cette dimension, pourtant éducative et enrichissante pour tous.
 
En interne, si les travaux d’intérêt général (TIG), sont des mesures fréquemment utilisées, ils sont parfois complexes car ils peuvent mettent en difficulté nos collègues agents territoriaux.
 
Sur la période probatoire instaurée après une exclusion :

Pour une première exclusion, cela nous semble indispensable et se pratique dans beaucoup d’établissements. En cas de récidive, cela perd son sens. Par contre, prévoir un suivi quotidien par le CPE ou le Chef d’établissement, est irréaliste voire surréaliste ! Car, nous n’avons aucun doute que cette tâche incombera au CPE seul. Le rôle du professeur principal et de l’équipe pédagogique, ainsi que des personnels de santé et du service social nous semble indispensable dans cette prise en charge.

Sur la présence d’un policier ou d’un gendarme lorsque le contexte le nécessite :

En Education Prioritaire, le policier référent existe déjà et selon sa personnalité, il peut être une plus value éducative. Il est indispensable que les regards restent croisés, que cette mesure soit ponctuelle et réservée aux problèmes graves et surtout que le chef d’établissement reste le pilote de ce dispositif.
 
Au SE-Unsa, nous sommes favorables au renforcement des partenariats (souvent déjà existant) avec les acteurs locaux (Mairie, conseil départemental ou régional, Police et Gendarmerie…) pour une réflexion collective et une mise en œuvre d’une politique éducative liée aux abords des établissements scolaires.

L’avis du SE-Unsa

Ce plan d’actions pour la protection de l’Ecole, nous semble réducteur, dans sa philosophie, dans l’objet visé (les élèves hautement perturbateurs) et dans les personnels essentiellement mis à contribution (CPE et équipes de direction).
 
Ce plan alourdit encore une fois la charge numérique de travail et prévoit un arsenal de mesures, pas vraiment nouvelles, pas vraiment novatrices, sans aborder jamais la question des moyens humains.
 
Il répond à l’émotion en créant l’évènement alors que nous attendions une réflexion distanciée et des propositions concrètes mieux ajustées.