La ministre s’exprime (enfin) sur la voie professionnelle

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La ministre s’est exprimée sur la voie professionnelle dans le cadre du lancement des 30 ans du bac professionnel. Elle a au préalable précisé que « l'enseignement professionnel est indispensable parce qu'aujourd'hui comme il y a trente ans, il répond à des besoins économiques et sociaux précis de notre pays
 
La ministre établit un bilan de l’action menée depuis 2012…
 
Selon la ministre, « L'enseignement professionnel, depuis 2012, n'a pas été oublié et le gouvernement a introduit des changements d'envergure » afin de valoriser la voie professionnelle.
 
 

- création des campus des métiers et des qualifications en 2013, et mise en réseau d’établissements d’enseignement professionnel d’une même filière pour mieux prendre en compte les besoins au long terme des filières économiques et rendre visible l’excellence de la voie professionnelle dans certains secteurs ;
- au collège : généralisation du parcours Avenir. Il s’agit, dès la 6e, d’être en contact avec le monde professionnel, avec différents types de métiers, et création d’un nouvel enseignement pratique interdisciplinaire consacré au monde professionnel, dès la rentrée 2016 ;
- généralisation des pôles de stages dans toutes les académies, qui doit permettre d’aider les établissements à mobiliser des stages pour les élèves qui n’ont pas encore trouvé d’entreprise d’accueil ;
- création d’une nouvelle indemnité annuelle de 300 € pour les personnels enseignants des lycées professionnels (400 € en 2016).

… et du bac pro 3 ans

Pour la ministre, c’est une réussite avec cette année 80,3 % de lauréats. En 7 ans, on constate une augmentation de près de 92 % des effectifs en terminale professionnelle. En 4 ans, le nombre de bacheliers professionnels a augmenté de 61 %.

Elle ne nie pas des difficultés et s’engage « d’ici la fin de mandature, à tout mettre en œuvre pour les régler avec les moyens dont je (elle) dispose pour le faire ».

Le bilan de la réforme des lycées sera lancé à l’automne et donnera l’occasion de se pencher plus précisément sur les conséquences du passage au bac pro en 3 ans, mais aussi sur le passage entre le CAP et le bac pro et sur l’impact de la réforme du lycée sur le CAP.

Les 5 chantiers de la ministre

1. Mise en lien de la cartographie des filières de la voie professionnelle avec l’évolution à long terme des métiers qui les composent.
 
2. Création d’un groupe de travail avec les partenaires sociaux afin de faire émerger des propositions d’amélioration du fonctionnement de la première année de formation en lycée professionnel, principalement au regard des difficultés liées à la jeunesse des élèves (mise en œuvre dès 2016).
 
3. Formation des PLP dans les Espé : l’Inspection générale devra réfléchir à la pédagogie particulière et aux parcours de formations adaptés que les Espé doivent pouvoir proposer au public spécifique que représentent les PLP, qu’il s’agisse de professionnels en reconversion ou des jeunes issus des filières professionnelles.
 
4. Orientation des élèves dans la voie professionnelle : dynamiser les passerelles entre les différentes voies et travailler aux transitions entre le CAP et le bac pro, mais aussi entre le bac pro et l’enseignement supérieur.
 
5. Rendre visible ce que la voie professionnelle offre de meilleur : s’appuyer sur le trentième anniversaire du bac pro pour célébrer et mettre en lumière, tout au long de l’année scolaire, les lycées professionnels. Des journées nationales portes ouvertes de tous les lycées professionnels de France seront organisées les 29 et 30 janvier prochains. Une exposition sera organisée en mai 2016 à Paris (et déclinée sur tous les territoires), au cours de laquelle les réalisations et les compétences des lycéens professionnels des secteurs industriel et tertiaire seront présentées.


L’avis du SE-Unsa

Le SE-Unsa se félicite, enfin, que la voie professionnelle soit mise en avant et fasse l’objet d’une intervention ministérielle visant à la valoriser. Nous apprécions aussi la clarification sur la place de l’apprentissage qui, nous l’avons déploré, occupait seul le haut de l’affiche de la communication gouvernementale.

Où sont « les changements d’envergure » ?

Nous sommes beaucoup plus mesurés sur les changements dits d’envergure apportés pas le ministère depuis 2012.

Les campus des métiers et des qualifications sont certes de belles vitrines mais ils ne doivent pas être l’arbre qui cache la forêt des autres établissements dont les moyens sont bien moindres et les problématiques autres.

L’indemnité de 300 € (puis 400 en 2016) est présentée comme une avancée importante. Elle est en fait très relative puisqu’elle se substitue à l’indemnité CCF et est conditionnée à un seuil d’enseignement de 6 h cumulées en 1ère et term bac pro et classes de CAP. Dans tous les cas elle ne correspond pas à une revalorisation digne de ce nom et doit être augmentée significativement.

Le SE-Unsa est favorable au parcours avenir qui contribue à une éducation à l’orientation ainsi qu’au nouvel enseignement pratique interdisciplinaire consacré au monde professionnel en collège.

Quant au « pôle stages », si cette mesure semble intéressante, elle n’est guère opérationnelle dans la plupart des académies.

Le bac pro 3 ans, une réussite, mais combien d’élèves laissés pour compte ?

Les statistiques du bac pro sont impressionnantes mais elles ne doivent en aucun cas occulter les conséquences d’une massification imposée, notamment sur les jeunes les plus fragiles.
La moyenne du pourcentage de réussite des 3 dernières sessions est de 80 % avec les 8 pts de la session de rattrapage qui n’existait pas auparavant. Il reste 10 pts en deçà des bacs généraux et technologiques. Le nombre de jeunes sortis sans diplôme ne diminue pas alors que c’était un objectif affiché de la réforme.
Au regard de ces éléments, le ministère ne peut se contenter d’un satisfecit d’ordre quantitatif.
L’impact de la réforme sur les conditions d’enseignement et la réussite des jeunes doit être évoqué dans le bilan et des aménagements apportés. Les PLP ont dû faire face à une hétérogénéité croissante avec des DHG rabotées par manque de cadrage et à des exigences accrues en enseignement général, le tout avec moins de temps de formation.
Le SE-Unsa attend avec impatience la présentation du bilan et ne manquera pas de porter ses revendications lors des discussions.

Nous attendons du concret sur les 5 chantiers annoncés.

Le SE-Unsa accueille positivement les différents objectifs. Reste à passer aux actes et à concrétiser.

Nous nous félicitons que les organisations syndicales soient associées au chantier 2 (réflexion sur les entrants en lycée professionnel). Mais les aménagements de la réforme du bac pro 3 ans ne peuvent se limiter à ce sujet (cf. ci-dessus).

Les chantiers 3 ( formation de PLP dans les Espé) et 4 (travail sur les différentes passerelles) sont des chantiers importants, qui seront complexes à mettre en œuvre.

Le chantier 5 (rendre visible ce que la voie professionnelle offre de meilleur) contribuera à faire connaitre et reconnaitre la voie professionnelle, nous ne pouvons que soutenir ces initiatives.