Plan protection de l’école : une vision trop réductrice !

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Surfant, une fois de plus, sur l’émotion suscitée par l’agression d’une enseignante dans un lycée de Créteil, Jean Michel Blanquer annonçait à grand renfort médiatique et sans concertation préalable, son plan pour la protection de l’Ecole le 31 octobre 2018.
 
Les élèves hautement perturbateurs
 
Lutte contre les violences et les incivilités, climat scolaire apaisé, exercice serein de l’autorité, autant de fondamentaux éducatifs auxquels nous, CPE de l’Unsa, ne pouvons que souscrire. Pour autant, au-delà des injonctions et du dogmatisme qui sont la marque de fabrique de ce Ministre, qu’en sera-t-il, concrètement sur le terrain ? M. BLANQUER met le focus sur les élèves hautement perturbateurs à travers ce fait divers.
 
Certes, les situations d’enfants gravement perturbateurs qui relevaient de l’exception il y a encore quelques années, sont devenues fréquentes dans les classes. Des enseignants souffrent, parce qu’ils sont exposés à des problématiques qui dépassent largement leurs compétences. Ils souffrent parce qu’ils sont exposés durablement à des risques psycho-sociaux extrêmement lourds.
 
Une réalité plus complexe
 
Pour autant, il ne faut pas faire de ces comportements hautement perturbateurs, une généralité et encore moins un arbre qui cacherait une forêt tout aussi sombre et inquiétante : celle des micro-violences et des incivilités qui occupent et minent le quotidien des personnels enseignants et d’éducation, et plus largement de toute la communauté scolaire.
 
Faire confiance aux équipes
 
Il ne faut pas non plus nier l’existant et ce qui fonctionne bien dans de nombreux établissements, en termes de politique pour un climat scolaire bienveillant, en termes d’application et de suivi des procédures disciplinaires et plus largement, en termes de démarches partenariales internes et externes - ce travail impliquant des équipes pluri disciplinaires qui ne se réduisent pas aux chefs d’établissements, aux CPE et aux enseignants.
 
La pression mise sur l'École
 
Il est indispensable de rappeler que la violence, ou plutôt les violences multiformes, ne sont heureusement ou malheureusement pas l’apanage de l’Ecole. Elles sont le reflet de notre société actuelle, où les inégalités se creusent, renforçant le sentiment d’injustice et la colère, où le consumérisme et l’individualisme ont pris le pas sur le collectif et la solidarité, où l’événementiel et le sensationnel ont remplacé le fait et la raison, à grands renforts de réseaux sociaux virtuels… Le service public, quel qu’il soit, est devenu le service d’un public toujours plus exigeant, toujours plus critique. L’Ecole est devenue l’exutoire de tous les déficits éducatifs et sociétaux et, est sommée de réussir là où les autres ont échoué. Il ne suffit pas de réclamer le rétablissement de l’autorité pour redonner du sens à la règle et à ceux qui la font appliquer.
 
Prévenir la violence dans divers lieux d'exercice
 
Agir contre la violence, c’est avant tout pour nous, CPE de l’Unsa, agir par l’éducatif et la prévention. Ces dimensions sont largement oubliées dans ce nouveau plan BLANQUER.
 
De plus, si les violences sont multiformes, nos territoires, nos établissements le sont aussi. Un CPE, s’il exerce le même métier partout, ne le fait pas dans les mêmes conditions et avec les mêmes priorités, selon qu’il exerce dans un petit collège rural, un LP en REP+ ou un LGT de centre ville… ces 3 exemples sont déjà réducteurs, chaque établissement peut avoir ses spécificités et un climat d’établissement qui ne tient pas qu’à sa typologie.
 
C’est pourquoi tout plan d’actions pour la protection de l’Ecole, s’il doit avoir un caractère « universel » doit aussi contenir sa part d’adaptions aux contextes locaux pour ne pas faire un copier-coller contreproductif. L’écueil consisterait à ne faire porter que sur certains personnels, ici les Conseillers Principaux d’Education, mais aussi les personnels de direction, la responsabilité de la discipline et de l’autorité. C’est l’affaire de toutes et tous.
 
Espérons que la mission de concertation, qui devrait aboutir avant les vacances de Noël, permette d’apporter des réponses en phase avec les réalités des établissements et à la hauteur des enjeux éducatifs et pédagogiques.