Profs docs : quelle reconnaissance de la mission d’enseignement des professeur.e.s documentalistes ?

| popularité : 1%
Le décompte des heures d'enseignement fait débat : dans de nombreux établissements, il n'est pas appliqué, alors que la circulaire de missions de 2017 le reconnaît pleinement. Dans un précédent article, nous sommes revenus sur les causes de la non-application. Il est temps maintenant d'ébaucher des solutions.

Pour le SE-Unsa, notre rôle, comme organisation syndicale, est de revendiquer des solutions de long terme, comme l'augmentation du nombre de postes documentalistes, mais aussi des solutions de court terme pour faciliter ici et maintenant une mise en œuvre réelle du métier tel que défini dans la circulaire de missions.
 
La politique documentaire, on en fait quoi ?
 
Les attentes concernant la politique documentaire se sont précisées avec la circulaire de mission de 2017, mais des zones d'ombres persistent.

L'intégration d'un volet formation soulève encore plusieurs problèmes. Si la reconnaissance de l'expertise en Sciences de l'Information et de la Communication (SIC) et en Education aux Medias et à l'Information (EMI) est affichée, cette déclaration d'intention engage le législateur à dessiner les contours d'un véritable cursus de formation commun à tous les élèves.

Les propositions didactiques ne manquent pas dans la profession, les travaux de l'Association des Professeurs Documentalistes de l'Education Nationale (APDEN) et des TRAAM proposent de nombreuses pistes dont devrait s'emparer le ministère. L’Éducation aux Médias et à l’Information, tout comme les différents parcours (citoyen, santé, culturel et artistique, avenir) doivent faire l’objet d’une mise en place réelle dans les projets d’établissement, dans laquelle le professeur documentaliste a toute sa place.
 
Plus de moyens pour mener une politique ambitieuse d’éducation aux médias
 
Cette formation repose sur des modalités d'intervention variées de la part des professeurs documentalistes, de la séance en classe entière en passant par une co-intervention très ponctuelle jusqu'à la prise en charge au quotidien des menues questions que se posent les élèves livrées à leurs recherches documentaires. Toutes ces interventions plus ou moins formelles relèvent bien d'une formation des élèves qui peut difficilement être cadrée au cordeau par un programme précis.
 
Pour le SE-Unsa, la mise en place réelle du décompte des heures d’enseignement exige de disposer de plus de moyens, pour mener une politique ambitieuse d’éducation aux médias, en s'appuyant sur les professeurs documentalistes qui sont les seuls enseignants spécifiquement formés pour la mettre en œuvre. Le SE-UNSA a dénoncé l’annonce d’une baisse massive de postes offerts au concours d’enseignants documentalistes, alors même que l’ensemble des postes sont couverts chaque année au concours.
 
Des mesures intermédiaires pour débloquer le problème du décompte
 
A court terme, le SE-Unsa revendique la création d’un forfait « politique documentaire » : un nombre d’heures d’enseignement des profs docs, basé sur la taille des établissements, reconnaissant globalement leur investissement pédagogique dans la construction des savoirs et des compétences info-documentaires. Ce nombre d’heures, calculé pour permettre aux élèves d’en bénéficier à différentes étapes de leur scolarité, intégrerait une pondération, à définir, réduisant le temps de présence hebdomadaire.
 
Cette solution permettrait la mise en place du référentiel EMI qui reste encore très inégale et irrégulière, tout en conciliant la mission pédagogique des profs docs, inscrite en premier dans leurs missions, avec la mention du « bon fonctionnement du CDI » qui conclut le titre I de la circulaire de missions de 2017.
 
Quel CDI, quel établissement et quels espaces pour demain ?
 
Pour conclure sur ce "bon fonctionnement", le SE-Unsa veut qu’une réflexion soit menée à l’échelle ministérielle sur les temps et les espaces scolaires, amorcée par la question de l'évolution des CDI en Centres de Connaissances et de Culture (3C). Pour le SE-Unsa, il ne faut pas opposer vie scolaire et CDI ou prof doc et CPE, il faut au contraire que le ministère facilite ces évolutions en faisant évoluer les missions des AED, par exemple, ou en réfléchissant à la création d'AED aides-documentalistes, pour soutenir l'action des professeurs documentalistes. Ces évolutions ne sont pas suffisantes : elles ne peuvent pas se substituer à l'augmentation nécessaire de postes au concours.
 
Ces questions structurelles sont des enjeux éducatifs fondamentaux pour l'école de demain, la question d'une éducation aux médias et à l'information ambitieuse, et l'idée que l'on se fait de l'établissement et de l'impact de l'environnement scolaire sur l'apprentissage et le vivre-ensemble.