Programmes d’histoire-géographie au lycée : une vision rétrograde de l’enseignement

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Les nouveaux programmes de lycée élaborés par des groupes d’experts pour le Conseil supérieur des programmes font l’objet d’une consultation organisée par le ministère au début du mois de novembre 2018. Pour le SE-Unsa, ces projets de programme ne sont pas satisfaisants, tant sur le plan disciplinaire que sur le plan pédagogique.
 
Au-delà de choix discutables pour les contenus à enseigner, l’approche de l’enseignement elle-même pose problème dans la rédaction des programmes. Ils sont d’abord très et trop lourds. On veut faire tenir 3 chapitres dans une thématique prévue pour 12 heures...et l’année est prévue comme si aucune heure n’était perdue. Pour chaque chapitre, on prévoit entre 3 et 4 « points de passage et d’ouverture » ou études de cas.
C’est trop pour le SE-Unsa qui revendique un allègement de ces programmes, une réorganisation des contenus qui leur donne plus de sens, et permette aux enseignants de faire des choix.
 
Le cours magistral ou rien
 
D’autre part, les programmes prévoient explicitement que « la parole du professeur joue un rôle essentiel », que les capacités travaillées relèvent de « la transmission de connaissances par les professeurs et d’écoute active de la part des élèves ». S’il s’agit du cours magistral et du cours dialogué, comment peut-on penser les définir comme l’unique pratique pédagogique à adopter dans un cours du XXIe siècle ? Comment faire travailler réellement les élèves, quelle place pour l’autonomie, la recherche documentaire, le travail de groupe et à l’oral? Pour ce dernier, seule est évoquée la préparation d’exposés... et « l’écoute active ». Et la prise de notes est la seule méthodologie pratiquée pour préparer les élèves à l’enseignement supérieur.
 
Ces programmes semblent basés sur l’apprentissage de dates qui jouent un rôle central dans chaque chapitre (une vision moins ambitieuse que les repères), et sur quelques mots de vocabulaire géographique peu ambitieux sur le plan notionnel (« mobilité », « population » par exemple). La négation de toute possibilité d’enseignement thématique donne peu de sens aux apprentissages, tout comme l’absence d’entrée notionnelle dans les programmes d’histoire.
 
Des programmes lourds mais peu exigeants et peu ambitieux
 
Pour le SE-Unsa, les programmes d’histoire-géographie ne doivent pas être moins exigeants et moins ambitieux pour les élèves en termes de compétences, de capacités et de méthodes.
La préparation de l’entrée dans l’enseignement supérieur nécessite un travail méthodologique, à l’oral et en groupe, ainsi que l’utilisation d’outils numériques. La place minorée du croquis (sans parler du schéma qui n’est pas du tout évoqué) est inquiétante en géographie. Enfin, aucun pont n’est pensé du point de vue interdisciplinaire. L’histoire des arts n’est évoquée à aucun moment et le lien avec le programme de français n’est pas fait.
 
Le SE-Unsa fera des propositions au ministère pour faire évoluer ce projet. Nous appelons les enseignants d’histoire-géographie en lycée à se mobiliser pour la consultation engagée par le CSP.
L’histoire-géographie ne mérite pas un recul pareil, des programmes franco-français qui ignorent l’Europe et des compétences revues à la baisse par rapport aux programmes actuels. Les contenus doivent être allégés, réorganisés à travers une approche chrono-thématique qui évite les redondances, et être plus réalistes, en laissant le choix aux enseignants des études de cas et des « ouvertures » à utiliser pour approfondir les programmes. Le prisme idéologique pris par les programmes doit être revu, concernant la place trop limitée donnée à l’histoire sociale et culturelle ou à l’écologie qui doit retrouver un rôle central dans la classe de seconde.