Réforme de la voie pro : l’épreuve de vérité dès la rentrée

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C’est une évidence, les professeurs de lycée professionnel sont inquiets et attendent avec une certaine fébrilité la mise en œuvre de la réforme de la voie pro. 
Cette transformation d’ampleur a été initiée par le ministre de l’Éducation nationale mais l’adhésion des personnels ne pourra se faire qu’à certaines conditions.


Un investissement accru des enseignants

L’organisation des services, les emplois du temps et l’articulation de l’interdisciplinarité ne devront pas dégrader les conditions de travail des enseignants et ne pas leur donner le sentiment d’empiéter outre-mesure sur leur vie personnelle. Soyons clairs, la mise en place d’un tel dispositif qui s’attaque aussi bien aux programmes qu’aux méthodes d’enseignement va demander un investissement important des personnels.

Toutefois, le SE-Unsa exige une reconnaissance du travail accompli en particulier d’un point de vue financier.
La question du juste équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle n’est pas nouvelle. Elle est d’autant plus prégnante chez les enseignants qui sont particulièrement soucieux de la réussite de leurs élèves.
Nous touchons là aux limites de l’exercice : la grande conscience professionnelle des professeurs ne doit pas servir de prétexte à une surcharge de travail qui ne serait pas reconnue. En ce sens, le comité de suivi sur la réforme de la voie pro devra jouer son rôle de régulateur.
Le SE-Unsa compte bien peser de tout son poids pour obtenir des améliorations significatives le cas échéant. Nous adapterons notre action si le « contrat » n’est pas respecté.

La co-intervention et la réalisation du chef d’œuvre

Ces dispositifs doivent disposer des moyens qui leur sont effectivement attribués et qui doivent leur être pleinement dédiés.

Les personnels de direction auront un rôle particulièrement important dans la déclinaison de ces dispositifs.
Le travail en équipe, qui plus est interdisciplinaire, n’est jamais chose aisée. Mais si les conditions techniques (coordination, constitution des groupes,...) et matériels sont réunies, cette expérience peut s’avérer productive pour les élèves et enrichissante pour les enseignants.
Pour l’heure, le chef d’œuvre est conçu comme « l'aboutissement d'un projet pluridisciplinaire construit, individuel ou collaboratif ». Mais sa mise en application reste floue, de même que son mode d’évaluation : le fameux grand oral.
Les remontées de terrain seront éclairantes et devraient permettre un ajustement du dispositif.

Une nouvelle manière d’envisager son métier

Il faut bien le dire : c’est un changement complet de logiciel pour les enseignants qui voient les programmes changer mais surtout le cœur de leur métier se transformer.
Les horaires disciplinaires stricto sensu sont sérieusement rabotés. Mais les modes de calcul des heures complémentaires ont été améliorés grâce à l’action du SE-Unsa.
Le transfert des heures disciplinaires vers d’autres formes d’enseignement ne peuvent être efficaces et profitables à tous si elles ne s’accompagnent pas de modules de formation pour les personnels, de temps de concertation pour l’organisation et d’une coordination précise pour mettre en lien les compétences de chacun.
En effet, il ne s’agit pas de faire le travail des PsyEN edo, par exemple, en ce qui concerne l’orientation. Ce sont des personnels qualifiés qui doivent rester maîtres de leur champ d’action.

Une chose est sûre, le travail des enseignants ne sera plus tout à fait le même et se diversifiera dans une certaine mesure.
L’accompagnement sera primordial, en particulier celui des professeurs de GA pour qui ces changements de fond s’ajoutent à des mutations professionnelles.

Pour le SE-Unsa, la volonté d'alléger l'emploi du temps des élèves, de renouveler les apprentissages est louable.
Mais si notre action a permis de conserver le volume horaire global, il convient de rester vigilant quant aux équilibres, notamment au poids relatif de l'enseignement général. Ce changement nécessite un accompagnement (ressources pédagogiques, formation, reconversion pour certains personnels,…), des investissements et une clarification des règles de fonctionnement de la co-intervention ou de la réalisation du chef d’œuvre. Enfin, il faut des moyens à la hauteur (demi-sections regroupées, dotations complémentaires, prise en compte des seuils).

Les enseignants sont prêts aux transformations des méthodes d'enseignement mais il faut valoriser leur investissement, les sécuriser et leur donner les moyens d'enseigner autrement sans tomber dans les travers du « tout projet ».

 

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