Tuteurs et tutorat : ce qu’en dit le dernier rapport de l’IGEN

| popularité : 1%

L’inspection générale de l’Éducation nationale et celle de l’Administration, de l’Éducation  nationale et de la Recherche ont publié en octobre 2015  un rapport sur « le suivi de la mise en place des ESPE au cours de l’année 2014-2015 ». En réaffirmant que les tuteurs représentent un pilier de la professionnalisation des nouveaux enseignants, les inspecteurs généraux confortent la place des professionnels qui accompagnent et forment les jeunes collègues tout au long de l’année.  Diverses préconisations sur le tutorat mixte, la formation des tuteurs, le recrutement, leur évaluation des stagiaires, etc.  visent une alternance réellement intégrative.

Parmi les 39 préconisations formulées explicitement, voici celles qui concernent le tutorat:

  • constituer au niveau des rectorats des ressources renouvelées en formateurs académiques en mettant à profit la future certification ; confier à ces formateurs l’animation de réseaux de tuteurs ;
  •  mettre en place une formation conjointe des tuteurs terrain et tuteurs ESPE, avec un complément particulier pour les tuteurs ESPE nouvellement nommés et les plus éloignés du terrain, en favorisant par exemple des visites en binôme ou des observations de classe.
  • impliquer l’ensemble des enseignants de l’ESPE (enseignants‐chercheurs, PRAG, PRCE, autres formateurs) comme tuteurs ESPE et renforcer l’implication des enseignants-chercheurs des UFR ;
  • favoriser le développement et l’usage d’un outil numérique partagé entre ESPE, services académiques et établissements, accessibles à tous les acteurs (formateurs, tuteurs, chefs d’établissement, inspecteurs et stagiaires) permettant le suivi de la formation des stagiaires ainsi que le recensement des données relatives aux effectifs étudiants, aux formations et aux parcours proposés, aux lieux et établissements où ils sont dispensés afin notamment d’établir une carte nationale des formations.
  • sur le mi‐temps en établissement scolaire, dans le premier et le second degré, réserver des demi‐journées dédiées alternativement à l’observation et à l'analyse des pratiques, dans tous les cycles, en associant les tuteurs ESPE, des tuteurs de terrain et des membres des corps d’inspection ;
  • mettre en place dans le premier degré un tutorat ou un accompagnement de proximité dans l’école d’affectation, soit en confiant explicitement cette mission d’accompagnement au directeur d’école, soit en désignant un autre enseignant de l’école comme tuteur.

 

En outre, les 153 pages du rapport égrainent des constats qui révèlent sans détours, différents questionnements et des pistes d’améliorations :

Un tutorat de terrain organisé et ressenti de façon différente entre le 1er et le 2nd degré. 

Dans le second degré, le fait que le tuteur de terrain exerce généralement dans le même établissement, permet de régulières observations réciproques tuteur‐stagiaire et offre une souplesse bienvenue à l’organisation de temps d’échanges et d’accompagnement du stagiaire en dehors des heures de face‐à‐face pédagogique.

La plupart des stagiaires du premier degré rencontrés se sont plaints de ne pas avoir de tuteur proche, présent dans leur école. Le tutorat a dans la grande majorité des cas été confié aux PEMF (professeurs des écoles maîtres formateurs), qui avaient à encadrer plusieurs stagiaires. Lorsque le stagiaire était affecté sur la décharge de son tuteur PEMF, la mission a pu constater des ressentis ambivalents de la part des stagiaires, qui soit apprécient l’aide d’un professionnel confirmé dans un environnement sécurisant soit se sentent par trop contraints à suivre le modèle prescrit par leur tuteur par ailleurs responsable de la classe.

Cette proximité entre stagiaires et tuteurs de terrain étant plébiscitée dans le second degré, il n'est pas étonnant que les IG en fassent  un des objectifs de la rentrée prochaine dans le premier degré.

La proximité impacte directement le rôle du tuteur et permet une alternance plus effective.

Ainsi donc, si le tuteur de terrain dans le second degré peut jouer pleinement son rôle d’accompagnant et être vraiment perçu comme tel, ce qui est apprécié des stagiaires, ce n’est pas le cas de tous les PEMF  [la majorité des tuteurs du 1er degré sont EMF] qui réalisent un nombre de visites par stagiaire différent d’une académie à l’autre mais toujours limité (en général trois visites maximum). Le professeur des écoles stagiaire risque alors de percevoir son tuteur terrain davantage comme un évaluateur ponctuel que comme un conseiller régulier.

Tuteur oui, pré-inspecteur, non !

La mission a insisté sur  la nécessité dans beaucoup d’ESPE de poursuivre la réflexion pour éviter que les visites des tuteurs ESPE (ou des tuteurs de terrain qui ne sont pas dans l’établissement scolaire du stagiaire) ne soient perçues comme des « visites d’inspection », comme en témoignent certains professeurs stagiaires interrogés par la mission. Sont donc ici soulevées à la fois la question du rôle de l’inspecteur tel qu’il est perçu par les professeurs, et celle du rôle du tuteur dans une formation par alternance. Pour ce qui est du rôle de l’inspecteur, il est important que les professeurs qui entrent dans le métier le perçoivent comme un cadre contribuant à leur accompagnement et leur formation tout au long de la vie, de manière plus ou moins directe, autant que comme un évaluateur ponctuel, cette évaluation individuelle tenant d’ailleurs compte du contexte de l’établissement, et du parcours professionnel du professeur concerné.

En outre, l’ autoévaluation du stagiaire présente l'avantage de permettre aux tuteurs de se positionner sur le versant « accompagnement » de leur mission davantage que sur celui de l'évaluation, les stagiaires ayant d'ailleurs confié à la mission avoir parfois du mal à distinguer la ligne de crête séparant les deux versants.

Un tutorat mixte pas encore véritablement opérationnel notamment à cause de conditions de financement fragile.

Nombreux sont les témoignages confirmant la richesse d’un dispositif de co‐tutorat pour la formation professionnelle des enseignants, autant que sa difficulté de mise en place. Non seulement le tutorat mixte apporte au stagiaire un double regard sur sa pratique, mais il constitue aussi une occasion pour les tuteurs de terrain qui en sont les plus éloignés de mesurer les évolutions des réflexions universitaires et pour les tuteurs ESPE universitaires de se confronter aux problématiques réelles du terrain et aux contextes d’exercice dans les écoles et les établissements, ce qui est indispensable pour adapter au mieux les contenus de formation professionnelle du master MEEF sans céder sur le plan scientifique.

[…]

Mais il ne faut en aucun cas sous‐estimer les problèmes d’organisation : ce double tutorat exige des déplacements nombreux et parfois sur de longues distances, des bilans rédigés et transmis, c’estàdire du temps et des moyens humains et financiers.

Néanmoins, compte tenu des effectifs importants de stagiaires en M2, les ESPE ont fait majoritairement appel à des PEMF et à des professeurs formateurs académiques intervenant à l’ESPE pour être « tuteur ESPE », voire à des enseignants de terrain qui n’intervenaient pas dans la formation, ce qui s’éloigne quelque peu de l’esprit du tutorat mixte. Ce choix de recruter des tuteurs ESPE dans les UFR ou dans les établissements pose le problème de la formation des tuteurs, fonction qui ne s’improvise pas.

L’enjeu pour les prochaines années va être de former et d’accompagner les tuteurs.

 

Lire aussi :

Le rapport des IG et les recommandations : synthèse

 La note de la DGsip sur le mémoire donne une place aux formateurs de terrain dans les jurys