Comité de suivi de la réforme de la voie pro : tous les sujets sont sur la table

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Le premier comité de suivi de la voie pro s’est tenu mercredi 9 octobre.
Les débats ont été intéressants et ont permis de mettre en lumière de réelles difficultés pour les enseignants sur le terrain.


L’Unsa-Éducation était présente pour porter la voix des personnels. Nous avons pu proposer des pistes d’amélioration des conditions de mise en œuvre.
Maintenant que le calendrier des prochaines réunions est fixé (novembre, février et mars), reste à savoir ce qu’il ressortira effectivement des travaux.

Un constat partagé

Notre sentiment du début d’année s’est confirmé lors des différentes interventions : nos collègues sont inquiets voire atones.
Ces craintes, que nous redoutions, se retrouvent chiffres à l’appui dans les premiers résultats de notre enquête. Nous en avons fait part lors de ce comité.

Nos collègues sont au travail et essaye de faire au mieux. Leur souci de bien faire et leur volonté de faire réussir tous les élèves les honorent.
Mais les dispositifs se superposent et ils se retrouvent noyés dans cette architecture complexe. Cela explique le décalage entre le ressenti très négatif des PLP et la faible manifestation de leur mécontentement.
Alors que 2/3 des collègues parlent d’une « rentrée tendue », moins de 14 % témoignent d’une action dans leur établissement.
Il nous appartient donc de nous faire l’écho de leurs difficultés.

Une surcharge de travail à tous les niveaux

Les nouveaux dispositifs (chef d’œuvre, co-intervention) ont donné beaucoup de travail supplémentaire, allongé le temps de présence des collègues dans leur établissement, parfois dégradé les emplois du temps malgré les réels efforts des équipes de direction.
En somme, la mise en œuvre de la réforme a fragilisé leurs conditions de travail.
Au delà des difficultés matérielles, c’est du temps qu’il faut pour soulager les professeurs. Moins de 3 % des collègues pratiquent la co-intervention sur des journées banalisées ou de manière timestrialisée… Contrairement aux idées reçues, le travail en équipe n’est pas le problème. Malgré les divergences pédagogiques et des gestions de classe différentes, nos collègues veulent travailler ensemble mais les conditions matérielles et techniques ne sont pas toujours réunies.
Globalement nos collègues ne sont pas opposés à l’interdisciplinarité mais près de 40 % estiment qu’elle prend trop de place. Il faut également clarifier le rôle des professeurs principaux en LP qui se retrouvent submergés lors de cette rentrée.

Réinstaurer la confiance

Tous les intervenants se sont également retrouvés sur une chose : les inspecteurs ont un rôle capital à jouer.
Ils sont des relais de terrain capables de rassurer les collègues, de leur proposer une véritable méthode et leur donner des pistes.
Avec les changements des méthodes d’enseignement et les nouveaux programmes, les besoins en formation seront d’autant plus importants.
Le chemin de la confiance retrouvée passe aussi par des cadrages sur le chef d’œuvre ou la co-intervention. De nombreux intervenants l’ont rappelé lors du comité : les enseignants ont besoin de mutualiser. Les documents comme les vade-mecum sont vécus comme injonctifs et ne sauraient suffire à outiller nos collègues.

Cadrer les conditions de développement de l’apprentissage

Pour nous, le sujet n’est plus véritablement l’apprentissage en tant que tel.
Même si nombre de nos collègues la considèrent plutôt comme un « mal nécessaire », l’enjeu a changé de nature. Il s’agit de garantir un développement maîtrisé de l’apprentissage public et de limiter la concurrence des CFA d’entreprise qui pourront se développer plus facilement à la faveur de la loi du 5 octobre 2018.
Nous l’avons réaffirmé lors de ce comité : le respect du statut des personnels et de leurs conditions de travail n’est pas négociable. En effet, même si la mixité de publics constatée est encore limitée, c’est une crainte réelle et légitime.
Nous avons demandé, encore une fois, un cadrage officiel afin d’édicter un mode de fonctionnement viable et clair pour les collègues et prévenir les inquiétudes quant à cette mixité. Ces dispositions doivent clarifier la mise en cohérence des horaires d’apprentissage (bacheliers classiques et apprentis), garantir le statut et reposer sur des souhaits d’équipes volontaires dans le cadre du projet d’établissement.
La pédagogie de l’alternance ne s’improvise pas. À notre demande, un des prochains comités de suivi sera largement consacré à cette question spécifique.

L’avis du SE-Unsa

Pour nous, pas de réussite possible de la réforme sans l'adhésion des personnels.
La réussite des élèves passe par une coopération des équipes. Mais l’heure est encore à la défiance. Afin de réconcilier les personnels avec la réforme et les associer à la transformation de la voie pro, il est impératif de répondre à leurs principales préoccupations.

Les enseignants sont prêts aux transformations des méthodes d'enseignement mais il faut valoriser leur investissement, les sécuriser et leur donner les moyens d'enseigner autrement.

Fidèles à nos valeurs et à notre méthode, nous avons déjà pu dénoncer plusieurs situations (pratiques de la mixité dans certaines académies,...) et avancer des pistes. Certaines d’ailleurs (comme des séances de concertation à chaque période sur le temps de co-intervention) ont rencontré un large consensus. Il faut maintenant transformer l’essai et faire traduire dans les décrets, circulaires et autres consignes ministérielles l’esprit de nos propositions.

 
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