Réouverture des LP : et si on prenait le temps ?

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Les lycées pourraient rouvrir début juin si « les conditions sanitaires sont réunies ». Conformément aux annonces du Premier ministre, il faudra donc attendre fin mai pour être fixé. Dans la circulaire parue ce 4 mai les conditions de cette éventuelle reprise sont précisées. De très nombreuses zones d’ombre subsistent concernant cette reprise dans la voie professionnelle.
 
 
Au-delà des éléments communs de reprise
 
Comme tous les autres établissements, les lycées professionnels sont soumis au protocole sanitaire élaboré dans le cadre du déconfinement progressif.
Les règles de base comme le respect de la distanciation, le nettoyage régulier des locaux, l’aération des pièces et le port obligatoire de masques sont de rigueur.
L’accueil doit se faire selon une double priorité : les élèves les plus éloignés de l’école après la période de confinement et les « ateliers professionnels industriels » pour lesquels la pratique professionnelle a été plus délicate à poursuivre à distance.
 
La situation singulière de la voie professionnelle n’a pas été prise en compte et de nombreuses questions se posent au-delà des difficultés générales liées aux transports, à la restauration collective et à la complexité organisationnelle.
En effet, l’atelier, à plus forte raison quand il s’agit d’importantes structures, représente un volume très important à entretenir quotidiennement. Certains établissements (et c’est le cas aussi en SEGPA où l’on attend en moyenne deux fois moins d’élèves que dans le reste des collèges) pourraient faire le choix de laisser leurs ateliers fermés pour concentrer leurs ressources sur l’entretien des autres salles de cours.
De nombreux lycées risquent d’être confrontés au manque de personnels pour l’entretien des espaces, des machines et des outils.
Par ailleurs, la circulation des élèves et le partage du matériel rendent l’opération encore plus complexe.
 
Par conséquent, des outils spécifiques doivent être imaginés pour la voie professionnelle. Il conviendrait, par exemple, de s’inspirer des fiches conseils éditées par le ministère du Travail et des guides publiés par les branches professionnelles pour la mise en œuvre des mesures de protection afin d’assurer la continuité de l’activité. Cela permettrait ainsi d’adapter au mieux les postes de travail dans les ateliers.
 
 
L’articulation présentiel/distanciel
 
L’accueil des élèves ne peut se faire qu’en groupe réduit.
Les collègues sont donc susceptibles de devoir entretenir une continuité pédagogique avec le reste de leurs élèves. Pourtant le ministre l’a annoncé le 1er mai : « un professeur est forcément dans une des deux situations mais pas les deux à la fois... ».
Il ne faudrait donc pas aboutir à une surcharge de travail et à des doubles journées pour certains collègues. 
À l’occasion des réunions de pré-rentrée, cette question devra trouver des réponses concrètes à travers une organisation propre à chaque établissement.
 
Malgré les difficultés relatives à l’enseignement à distance (classes virtuelles, motivation des élèves, problèmes techniques), cette option se poursuivra massivement, notamment en enseignement général et c’est un moindre mal. Dans le peu de temps qu’il reste et compte-tenu des moyens investis par les enseignants pendant cette période de confinement, cela semble plus sage. 
Les enseignants n’ont pas ménagé leurs efforts et ont travaillé d’arrache-pied pendant cette période même si cela s’est parfois avéré peu productif. Ils ont dû développer des trésors d’ingéniosité, de créativité afin de maintenir le lien avec les élèves et leurs familles.
 
Même si les emplois du temps peuvent être revus, les obligations réglementaires de service doivent impérativement être respectées. 
En l’espèce, l’autonomie des établissements est une chance pour l’adaptation au plus proche du terrain mais c’est également un véritable danger si des organisations fantaisistes sont décidées. 
Le conseil pédagogique et in fine le conseil d’administration doivent jouer tout leur rôle lors des journées de pré-rentrée afin de valider le processus unanimement reconnu et retenu en conformité avec le protocole sanitaire.
 
 
Un accueil prioritaire pour quoi faire ?
 
Les chiffres prédisent déjà que peu d’élèves devraient revenir en classe. Il faut donc avoir des objectifs humbles, réalistes et utiles.
L’organisation de l’année consacre en général la dernière période aux PFMP. C’est un moment où l’on voit d’ordinaire peu d’élèves dans les lycées professionnels. Il semble difficile, malgré le contexte inédit, d’inverser la tendance.
Le creusement des inégalités est même à craindre puisque les élèves les plus en difficulté ne seraient pas les plus enclins à revenir dans l’établissement si cela devait leur être imposé.
 
Toutefois, si retour en classe il doit y avoir, on peut envisager trois axes en priorité :
  • des rendez-vous orientation pour les élèves et leurs familles, en lien avec les Professeurs Principaux et les PsyEN EDO ;
  • un accompagnement pour les classes terminales en ce qui concerne les examens. Cela permettrait également de développer les échanges et de retisser les liens entre élèves et enseignants. Cela ne remplacera pas les temps de PFMP mais ce sera une opportunité pour développer l’expression orale. Cela peut être l’occasion de préparer des oraux de rattrapage ; 
  • là où les conditions le permettront, un soutien pour l’enseignement professionnel sur la base du volontariat. Les élèves les plus en difficultés pourraient être "invités" par l’équipe pédagogique mais il n’y aurait rien de contraignant ou de stigmatisant. En fonction des effectifs prévisionnels, l’accueil d’autres élèves sur la base du volontariat pourrait se faire en complément. 
On peut difficilement imaginer plus de 6 élèves au maximum dans les ateliers et pas plus de 10 en salle pour l’enseignement général et interdisciplinaire. 
 
Pour ne pas opposer enseignants du pôle professionnel et des disciplines générales, on pourrait privilégier la co-intervention pour favoriser le travail d’équipe et l’interdisciplinarité. 
Ainsi, la reprise ne reposerait-elle pas sur un programme strict qu’il serait illusoire de vouloir poursuivre. 
 
 
Préparer septembre 2020
 
Ce temps réduit doit être mis à profit pour travailler entre enseignants sur les bases de la rentrée de septembre qui sera inédite. Les conséquences de la crise seront encore palpables. 
Ce sera l’occasion de revoir la façon d’enseigner et de réorganiser le temps scolaire.
Les outils et dispositifs développés par la transformation de la voie professionnelle ne doivent pas être contraignants et doivent plutôt être au service des collègues. L’accompagnement appuyé et bienveillant de leurs IEN sera capital. 
 
Pour les futurs élèves de terminale CAP, une évaluation des compétences pourrait être profitable dans l’optique d’une troisième année en associant les parents ou les tuteurs.
Cela demandera des moyens dédiés et des capacités d’accueil supplémentaires. 
Pour l’ensemble des élèves, au regard de la situation économique, le doublement de l’allocation de rentrée semble nécessaire. 
 
Pour anticiper un éventuel reconfinement, il faudrait faire le point sur la situation numérique individuelle de chaque élève. Cela faciliterait la planification de solutions (prêt de matériel, travail en binôme, tuteur pour chaque élève…) et le renforcement des liens avec les partenaires pour accéder plus facilement aux ressources à distance.
 
 
L’avis du SE-Unsa
 
Dans cette période inédite, les choses sont complexes et incitent, plus que jamais, à l’humilité et à la responsabilité.
Des précisions devront être apportées le plus vite possible pour sécuriser les personnels, les élèves et leur famille.
Si une reprise en lycée semble très compromise, il faut néanmoins anticiper et assurer les conditions d’accueil des élèves et des personnels.
 
Pour le SE-Unsa, des objectifs clairement affichés et réalistes doivent conduire à utiliser au mieux ces quelques semaines potentielles d’ouverture des établissements.
Il s’agira en priorité de renouer les liens avec les élèves et les familles, de répondre aux besoins des élèves en difficulté sans les stigmatiser, d’accompagner la poursuite d’études et l’insertion dans la vie active.
Le SE-Unsa veillera à la stricte garantie des conditions d’accueil et au respect des conditions de travail des PLP dans ce contexte délicat.
 
 
 
 

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