Programme voie pro : le président Macron doit revoir sa copie !

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Emmanuel Macron a fait plusieurs propositions en faveur de l’enseignement lors d’un déplacement dans les Yvelines, le 7 mars dernier. Il a notamment esquissé une réforme du lycée professionnel, sur le modèle de celle réalisée pour l’apprentissage...
 
 
Une réforme de plus…
 
Apparemment, le candidat Macron a oublié qu’il était président depuis 5 ans… Il voulait pourtant être considéré en tant que tel. La transformation de la voie professionnelle (TVP), grand chantier initié par le ministre Blanquer, voulait pourtant révolutionner le lycée pro. La promesse du début du quinquennat était très claire. Il s’agissait de répondre à cette ambition grâce à une meilleure articulation entre enseignements professionnels et enseignements généraux et grâce à une complémentarité renforcée entre apprentissage et voie scolaire.
 
La TVP s’est mise en place durant trois années scolaires de manière laborieuse. Réduction conséquente des horaires disciplinaires, multiplication des dispositifs interdisciplinaires comme la co-intervention ou le chef-d’œuvre, changement des programmes et référentiels, renforcement de l’accompagnement personnalisé, tout y est passé. L’impact sur les élèves et surtout sur les enseignants a été important comme l’ont relevé les travaux du Comité de suivi de la réforme. Malgré ce bouleversement profond des méthodes de travail et d’apprentissage, le président de le République semble ignorer les efforts conséquents demandés aux enseignants en matière d’adaptation de leurs méthodes de travail et de construction d’outils pédagogiques innovants. 
 
Pour le SE-Unsa, avant de se lancer dans une nouvelle réforme d’ampleur, il faut prendre le temps de digérer la TVP. Les enseignements doivent être tirés de cette réforme et des ajustements importants doivent rétablir un certain équilibre entre cours disciplinaires et interdisciplinarité. Les PLP ont besoin de temps, de concertation et de simplification pour aborder ces changements et les mettre en œuvre dans les meilleures conditions. 
 
 
"On laisse vivre trop de filières où il n’y a quasiment pas de débouchés" (E. Macron)
 
Nonobstant le fait que, depuis la loi sur la liberté de choisir son avenir professionnel, la carte des formations professionnelles est à la main des recteurs, donc de l’État, on ne peut condamner à la cantonade la plupart des filières professionnelles. Même si trop d’élèves ne parviennent pas à s’insérer sur le marché du travail, on constate une hausse spectaculaire des poursuites d’études et donc du niveau de qualification.
 
De plus, le renforcement des passerelles a permis aux élèves de passer plus aisément de la formation initiale sous statut scolaire à l’apprentissage. Mais il serait illusoire de penser qu’il suffit de copier l’apprentissage pour réussir.
D’abord, le développement de l’apprentissage n’est pas la garantie absolue d’une insertion réussie pour ces jeunes. Certains y sont parfaitement adaptés, d’autres, majoritaires, sont complètement perdus et peu épanouis dans cette voie de formation particulière. Ce n’est pas la panacée.
Il serait bien naïf de penser qu’il suffirait que les élèves passent plus de temps en entreprise pour que les choses aillent mieux. D’ailleurs, les questions de la formation des tuteurs en entreprise, de l’accueil des élèves sur les terrains de stage ainsi que de l’articulation entre les savoirs fondamentaux et l’immersion en entreprise demandent une pensée un peu plus complexe…
 
Par ailleurs, il faudrait se concentrer sur l’objectif initial de la TVP. En effet, la revalorisation promise de la voie professionnelle demande des investissements à la hauteur des enjeux. Il s’agit de garantir les conditions de travail des enseignants et les conditions d’apprentissage des élèves afin d’obtenir l’adhésion de tous les acteurs… Il faut laisser du temps aux collègues pour s’approprier la réforme et leur donner les moyens de travailler. Les PLP comme leurs élèves ont besoin d’une continuité dans la politique éducative.
 
Pour le SE-Unsa, on ne peut plus se payer de mots. Une meilleure correspondance doit être assurée entre le contenu des diplômes de la voie professionnelles et les attendus des BTS les plus sollicités par les bacheliers professionnels. Un accompagnement renforcé doit améliorer leurs chances de réussite dans leur poursuite d’études. Cela passe notamment par une plus grande implantation de BTS dans les LP et les lycées polyvalents et l’intervention plus significative de PLP dans ces enseignements. 
 
 
Une initiation plus précoce au monde de l’entreprise ?
 
Selon le président de la République, il serait souhaitable d’organiser dans les collèges la venue des entreprises qui aideront à orienter, en expliquant les métiers d’aujourd’hui et de demain.
Ce travail est déjà effectué en 3e, en particulier dans le cadre des 3e prépa-métiers qui permettent un enseignement de découverte professionnelle.
De nombreux établissements profitent de la singularité de ce dispositif pour faire découvrir l’ensemble des formations présentent dans les établissements du département.
Faut-il commencer ce travail de découverte plus tôt ? Certainement. En revanche la classe de 5e semble bien précoce pour orienter les élèves et les enfermer dans des choix d’orientation complexes.
En outre, il ne faudrait pas sous-estimer le travail conjoint des professeurs principaux et des PsyEN EDO qui accompagnent leurs élèves pendant toute leur scolarité afin d’affiner progressivement leurs choix en lien avec les familles.
 
Pour le SE-Unsa, l’entreprise est un partenaire de premier plan en vue de l’insertion professionnelle. Toutefois, elle n’est ni le seul, ni le plus pertinent. Une découverte du tissu économique local et des lycées peut s’effectuer à dose homéopathique dès la 4e pour acculturer les jeunes mais certainement pas pour leur donner l’illusion d’une solution simple directe et fausse à un problème complexe.
Cette idée repose sur une vision idéalisée des entreprises.
Pour nous, ce sont avant tout les agents du Service public qui ont un rôle capital à jouer dans l’accompagnement des élèves et dans l’information aux familles dans le cadre de la construction des parcours scolaires et professionnels, encore faut-il leur en donner le temps et les moyens. 
 
 
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